Oeuvres en mouvements: Exposition et mobilité d’oeuvres contemporaines

Accueil des participants à la journée d'étude

Accueil des participants à la journée d'étude

Au risque de bousculer un peu la chronologie de ce site, nous souhaitons publier les informations relatives à la journée d’étude organisée par la section de conservation-restauration de l’ESA, le 3 février 2010, car cette manifestation a été une étape importante dans l’élaboration du master consacré à la conservation, la préservation et la restauration des oeuvres contemporaines.

Texte d’introduction à la journée d’étude

Les oeuvres contemporaines posent de multiples difficultés lorsqu’on se préoccupe de leur conservation. Ce fait est aujourd’hui reconnu, attesté, expérimenté par tous ceux qui s’y intéressent de plus ou moins près. Ces multiples difficultés sont liées à l’impermanence des matériaux, à la mixité contre-nature des assemblages, à la complexité des structures, aux limites de nos repères déontologiques en vigueur pour l’art d’avant l’art contemporain. Ces difficultés rebondissent les unes sur les autres, s’entrecroisent et rendent parfois la prise de décision très périlleuse pour le conservateur ou le restaurateur.

Devant ces difficultés et pour tenter d’y répondre, il est vite apparu important de partir de cas concrets, d’expériences afin de dégager des balises théoriques sur lesquelles appuyer la pratique. D’autre part, pour avoir une chance d’embrasser un maximum de facettes de la problématique, les professionnels des différentes disciplines, historien, historien de l’art, muséologue, conservateur, restaurateur, scientifique, artiste, ont souhaité se rencontrer, confronter leur vision, partager leurs expériences, afin de se donner les moyens d’avancer rapidement à la fois dans la connaissance technique et dans le soutien théoriqueLa journée d’étude qui nous réunit est un des nombreux exemples de ces rencontres.

Le thème de la journée, “Oeuvres en mouvement, mobilité de l’art contemporain” propose de se pencher sur un aspect des oeuvres contemporaines en lien avec leur préservation. Les oeuvres sont amenées à circuler, bouger et ont donc la possibilité d’être vues par un public de plus en plus large. Cette mobilité implique que l’environnement de ces oeuvres est lui aussi amené à se modifier de plus en plus souvent.

Ce sujet d’étude est interpellant parce qu’il s’agit d’une caractéristique de l’art actuel et non pas un problème de conservation et parce que cette caractéristique le met en phase avec la société dans lequel il s’inscrit: marquée par la mondialisation, la communication, la réduction des distances. Il est d’autant plus interpellant encore que la mobilité n’est pas, a priori, en faveur d’une bonne conservation et qu’elle fait surgir de nombreux questionnements. En effet, un atout majeur de la conservation appliquée aux oeuvres contemporaines est de miser sur la conservation préventive afin de limiter les altérations et de retarder la nécessité d’une intervention. Comment alors concilier mobilité et conservation préventive, lorsqu’on sait que la  plupart des oeuvres-matériaux vieillissement mieux dans des environnements stables? Et que tout déménagement est susceptible de perturber cette stabilité ?

Le premier atelier de la journée sera consacré aux nouvelles pratiques de régie. La diversité des matériaux, des formes et des stratégies artistiques a obligé les régisseurs à s’inventer de nouveaux outils pour rendre compte de toutes les données matérielles et immatérielles des oeuvres.  De nombreuses oeuvres ont aujourd’hui ce que l’on appelle une “matérialité intermittente” et en dehors des expositions, ne sont matérialisées que par des prescriptions plus ou moins précises d’installation (intention, protocole, plan de montage… Jusqu’où peuvent aller ces prescriptions pour rendre compte de données parfois très subtiles? Quelle liberté est laissée au régisseur, au conservateur? Comment gère-t-on les réinterpretations? Quelle place l’artiste occupe-t-il dans ces réinstallations? Il y a-t-il des limites à la liberté de l’artiste s’il est encore actif? Il y a-t-il consensus entre les différentes institutions muséales, centres d’art ou chacun est-il en train d’expérimenter ses propres règles ?

Le second atelier abordera le cas de la location des oeuvres comme ressource financière pour une institution muséale.  Il est utile ici de rappeler que le prêt d’oeuvre d’art entre institutions est un principe de base des musées. Et que ce principe fonctionne sur le mode de la réciprocité; tout musée est potentiellement prêteur, mais aussi emprunteur. Le prêt est supposé gratuit, mais induit toute une série de frais, parfois très élevés (assurance, transport, emballage, montage…). Ce coût est répercuté, entre autres, dans les billets d’entrée des expositions temporaires ce qui explique le coût plus élevé de ceux-ci par rapport aux expositions permanentes. Si le prêt devient location, cela augmente encore les charges lors de la mise sur pied d’une expo temporaire mais cela devient une rentrée d’argent possible pour le dépositaire de l’oeuvre. En vrac, quelques questions surgissent. Quelles sont les motivations de ces pratiques de location ? De façon évidente, financière mais s’il y a un équilibre entre prêt et emprunt? Est-ce pour favoriser la circulation des oeuvres, pour garantir leur accès au plus grand nombre…? La location est-elle nécessaire d’un point de vue publicitaire, dans le but de susciter l’intérêt pour l’art contemporain, le faire connaître, le diffuser et donc d’entretenir une certaine émulation autour de la création? Dans quelles mesures ces pratiques sont-elles nécessaires voire indispensables pour donner les moyens aux institutions de remplir pleinement leur fonction ? Où interviennent les préoccupations relatives à la conservation ?  Tout n’est-il pas affaire de compromis et si oui, comment jongler avec ces compromis ?

Le troisième atelier sera dédié à une réflexion d’ordre déontologique axée sur la relation des oeuvres avec leur environnement. On parle souvent d’obsolescence des matériaux constitutifs des oeuvres mais il faudrait aussi envisager l’obsolescence des matériaux qui environnement ces oeuvres et, a fortiori, d’obsolescence des oeuvres dans leur environnement. Pour l’art ancien, les conservateurs-restaurateurs traitent rarement des oeuvres encore conservées dans le lieu pour lequel elles ont été créées. Leur étude inclut cependant une recherche historique sur ce lieu, car il est reconnu que les informations sur la genèse de l’oeuvre font sens et peuvent avoir une influence sur les choix de traitements. Pour l’art contemporain, les oeuvres sont aussi parfois crées dans et pour un environnement défini. Dans l’art public par exemple, une oeuvre est commandée pour un espace particulier, à destination d’un public particulier. Il n’est pourtant pas rare de constater que très vite, cet environnement est modifié ou que l’oeuvre est déplacée.

Il y a peu de temps, la section de conservation de l’ESA Saint-Luc a eu la chance de participer à un vaste projet lié à la conservation de l’art public. Il s’agissait de réaliser un état des lieux des oeuvres du 1% artistique conservées dans les lycées en région Rhône-Alpes. Sur ces 300 oeuvres créées depuis les années 60 jusqu’en 2010, une petite minorité n’avait pas subi de modifications au niveau de leur environnement. Les cas de figure étaient multiples, mais le plus interpellant était de constater que cette dimension de l’oeuvre n’était souvent pas prise en compte. Or, si on applique les mêmes principes que ceux établis pour l’art traditionnel, il est évident que la modification d’un environnement a ou peut avoir un impact sur la signification de l‘oeuvre.

Dans quelles mesures considère-t-on qu’une oeuvre réalisée pour tel endroit garde inscrite en elle une partie de son sens lié à ce lieu? Prend-on suffisamment en considération cette dimension des oeuvres? La documentation d’une oeuvre pourrait-elle combler en partie une perte de sens lié à un déménagement? Est-ce un moindre mal de sauver l’oeuvre en la déménageant même si son environnement doit être détruit, là encore, avec le secours de la documentation? Comment les artistes gèrent-ils ces modifications: peut-on parler d’oeuvres à usages multipes ?

Programme officiel de la journée d’étude

Présentation de l'exposition "Jardin d'hiver" par Alexandre van Grevenstein (Commissaire de l'exposition et directeur du Bonnefanten museum de Maastricht), au Mamac

Présentation de l'exposition "Jardin d'hiver" par Alexandre van Grevenstein (Commissaire de l'exposition et directeur du Bonnefanten museum de Maastricht), au Mamac

 

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